à Jacky Beillerot
Mais nous avons voulu aussi apporter
un témoignage sur un compagnonnage de
cinq années au gehfa, beaucoup plus long pour certains d'entre nous. Les courts
textes parus dans hisfora 14 rendent compte de cette rencontre et du sens
qu'elle a pris pour leurs auteurs. Nous les reprenons ici.
Nous remercions celles et ceux qui nous ont
adressé des mots de condoléances. Pour tous, qu'ils se soient déjà exprimés ou
non, il est possible de le faire plus longuement sur cette page de notre site.
Prière de faire parvenir vos textes à l'adresse
J’ai fait
la connaissance de Jacky Beillerot à l’occasion d’un problème d’édition. Il
s’agissait de publier une thèse d’histoire sur un sujet peu commercial :
la formation professionnelle, et qui plus est, dans le secteur du bâtiment et
des travaux publics ; deux raisons de faire fuir les éditeurs. J.
Beillerot a bien voulu se charger de faire prendre en charge ce problème par
L’Harmattan, puis de m’inviter aux séances du GEHFA, association qu’il avait
créée avec quelques pionniers. Nous avons ensuite collaboré sur des dossiers
difficiles, dont celui du recueil des archives des personnalités et des
organismes impliqués dans la formation des adultes, pour lequel des éléments de
solution étaient enfin apparus lorsque la mort est venue le saisir. C’était un
homme de conviction et de volonté, passionné pour les projets nombreux qu’il
avait lancés, en même temps qu’un homme de bien.
Pierre
Benoist
Je me souviens d’abord de ses silences.
Ces dernières années, nous nous sommes à plusieurs
reprises rencontrés dans ces irrésistibles colloques universitaires si bien
décrits par David Lodge. A Biarritz, par exemple, où je lui demandai « mais qui
se souvient de Joseph Jacotot ? », il me répondit : « moi » et nous regardâmes
la mer sans qu’il ne dise rien de plus. C’est qu’il avait horreur des
bavardages, et aimait la rigueur et l’efficacité.
Mais je me souviens aussi de ses paroles qui ne
semblaient jamais improvisées. Des phrases justes, lucides souvent frappées
d’un humour discret. C’est qu’il n’aimait pas la langue de bois, notamment
celle des sciences de l’éducation.
Il savait ce que doit être le rôle modeste du
formateur. Il l’a écrit : « savoirs et savoir-faire deviennent les matériaux
qui permettent à chacun d’être le seul créateur de sa propre existence : faire
son œuvre, c’est faire sa vie ».
Richard Lick
Il me
donna rendez-vous la première fois dans un café de la Porte d'Orléans. Nous
parlâmes de beaucoup de sujets qui n'avaient rien à voir avec le but de la
rencontre, de connaissances communes, de surréalisme, de Paris, de jeunes
romanciers (plus tard nous nous offrîmes des livres). Je le fis même rire avec
quelques bons mots psychanalytiques. Nous fîmes donc connaissance. Je fus très
heureux quand au moment de nous séparer il m'annonça qu'il acceptait de
parrainer mon HDR, Lectures de la formation.
Yves
Palazzeschi
Ma rencontre avec Jacky s’est faite à l’occasion
d’un retour sur l’histoire pour éclairer des décisions politiques. En effet, en
1992 je participais en tant que secrétaire général du CCCA-BTP aux réunions
d’un groupe de travail initié par le Ministère de l’emploi et présidé par Jacky
que je n’avais jamais rencontré auparavant. Le thème de la réflexion était
« Fonctions et limites de la question paritaire dans la formation
continue : historique et état des lieux ». L’objectif du ministère
était de limiter ce qu’il appelait les dérives du paritarisme. Jacky était un
président qui conciliait la rigueur et la disponibilité intellectuelle, tout en
restant indépendant des orientations du Cabinet. Nous avons eu envie, tous les
deux, de travailler ensemble sur d’autres chantiers, la Biennale en étant un.
Et ainsi se construisit notre amitié.
Bernard Pasquier
Je vous
avais déjà choisi comme directeur de thèse. Quelques accroches, quelques
résonances dans nos rapports au Savoir respectifs rendaient la chose inévitable
: à quoi bon faire une thèse si ce n’était avec vous ? J’avais deux sujets en
tête. Vous m’en avez suggéré un troisième. Un jour, avez-vous dit, il faudra
que quelqu’un travaille sur l’histoire de l’Institut national pour la formation
des adultes, « parce que c’est important ». Les premiers entretiens
exploratoires ont tous convergé dans le même sens : il n’y a rien d’intéressant
à chercher de ce côté-là. Cela m’a donné envie d’en savoir plus, avec vos
encouragements. Nous y avons beaucoup appris, tous les deux je crois. Plus
tard, fin 1996, vous avez soutenu l’idée de réunir un groupe pour échanger sur
l’histoire de la formation des adultes. Avec des amis à vous, tous plus âgés et
plus masculins que moi, je me suis portée volontaire, vous m’avez accueillie.
Nous avons alors partagé de drôles de moments, bien des interrogations et bien
des doutes ; dans notre dernier échange, vous aviez listé les projets du gehfa
à mener à terme, nos forces vous souciaient : « nous sommes en train de
décoller, mais nous manquons de kérosène » m’aviez-vous écrit. Cette phrase
m’avait fait rire. Et puis le lendemain, vous êtes parti.
Françoise
F. Laot
Rencontre. Début 96, avec Jacques Bourquin,
porteurs d'un modeste projet d'histoire de la formation au Centre de
Vaucresson, nous rencontrons Jacky Beillerot. Immédiatement, le projet change
de dimension, c'est sur "l'histoire des institutions pionnières en
formation des adultes" que nous allons travailler. Ce sera d'abord le
séminaire. Inlassable animateur, exigeant, jamais satisfait de l'état des
choses, sans cesse de nouveaux projets en tête, il pousse et bouscule, à l'écoute
pourtant et retenant de chacun. Un pédagogue.
Vincent Peyre
C'est au
tout début des années 1970 que j'ai rencontré J. Beillerot ; il était alors
jeune assistant au département des Sciences de l'Education de Nanterre ; Gilles
Ferry nous l'avait recommandé, pour intervenir comme enseignant vacataire dans
la formation des superviseurs en travail social, que nous mettions en place
pour la première fois.
Notre
collaboration n'a pas cessé depuis ; avec tous ses collègues de Paris X, il a
permis que l' ETSUP construise une fructueuse collaboration permettant à de
très nombreux étudiants de formation initiale et supérieure de préparer
conjointement les diplômes professionnels de travail social et des licences et
maîtrises en sciences de l'éducation; de nombreux travailleurs sociaux ont
ainsi pu accéder aux formations de troisième cycle et à la recherche.
C'est
également grâce à son appui que, dans les années 198O, avec l'ensemble des
centres de formation supérieure, nous avons commencé à poser quelques questions
fondamentales sur les problèmes de la recherche professionnelle dans ce
secteur. Une question plus que jamais d'actualité. C'est dire que Jacky
Beillerot a joué un rôle majeur dans le développement de l'ETSUP ; je lui en
garde une très grande reconnaissance; il était aussi devenu un ami dont j'ai pu
apprécier, comme beaucoup d'entre nous, les grandes qualités humaines et
intellectuelles. Il est parti beaucoup trop tôt.
J'associe
tous ses collègues du département des Sciences de l'Education à ce témoignage
de reconnaissance et veux leur dire que je partage leur émotion".
Eliane
Leplay
Je fus l’étudiant de Jacky Beillerot alors que je
faisais Psycho et Sciences de l’Education à Paris X, au cours des années 1970.
Devenu chargé de cours grâce à Gilles Ferry et Jacques Pain, j’ai participé aux
travaux du groupe des enseignants de Sciences de l’Education où j’ai mieux connu Jacky et apprécié la
richesse de sa personnalité.
Formateur à l’Education Surveillée, je l’ai par la
suite rencontré souvent à Vaucresson où il intervenait autant comme enseignant que comme référent.
Au début des années 1990, alors qu’avec Vincent
Peyre, Pierre Segond et quelques autres nous venions de créer une association
pour l’histoire de l’Education Surveillée, c’est à Jacky Beillerot que nous
avons fait appel pour nous guider dans le travail sur l’histoire de la
formation à l’Education Surveillée et plus particulièrement à Vaucresson ;
très vite, il nous laisse entendre que notre nombrilisme autour de Vaucresson
ne serait guère productif, il nous propose d’élargir ce champ de travail à
l’histoire de la formation des adultes . C’était la genèse du GEHFA dont
il fut le créateur et le maître d’œuvre à partir d’un séminaire qui prit
naissance en 1997.
Jacques Bourquin
Je ne me
souviens plus quand pour la première fois j’ai rencontré Jacky ? C’était
peut-être dans les universités ? ou bien dans une biennale ? ou
encore dans un séminaire ? Tout ce que je sais c’est que c’était l’époque
du vouvoiement. Le tutoiement est arrivé plus tard. Le tutoiement paysan celui
qui parle de la même terre et du chemin qui nous a amené à nous rencontrer.
Etrangement
il y a peu de temps, par une erreur d’édition tu avais disparu d’une
bibliographie. Immédiatement je t’avais téléphoné pour des excuses. Tu m’avais
répondu : ce n’est pas important, c’est comme les médailles, elles
n’orneront pas ma tombe !
Cher
Jacky, dans le cas où Dieu existe, peux-tu lui demander la clef de ses
archives ? Merci à toi.
Jean-Marc
Huguet
“ Je crois à
l’efficacité de la réflexion, parce que je crois que la grandeur de l’homme est
dans la dialectique du travail et de la parole ”. Cette phrase de Paul
Ricoeur [1] aurait pu être une citation de Jacky Beillerot. Il nous laisse,
avec l’amitié, le souvenir de sa double volonté de dialoguer sur le travail, et
de travailler le dialogue. Son plus récent chantier théorique, déjà bien
ouvert, portait sur la notion de débat. Rien d’étonnant à cela ; le débat ne
devrait-il pas être, par excellence, le lieu d’articulation de la parole et de
l’action ?
Philippe Carré
[1] Ricoeur, P. Histoire et vérité , Préface, Le Seuil.
J'ai rencontré Jacky pour la première fois au milieu des années 80 dans un groupe de
travail de la délégation à la formation professionnelle et je rencontrais enfin
un "sciences de l'éducation" qui s'intéressait à l'éducation des
adultes.
Cette
constante attention devait se manifester dès la première biennale, par la collection
à l'Harmattan, par son action dans l'association des enseignants- chercheurs en
sciences de l'éducation et à ce propos le colloque de janvier 1998 organisé à
Nancy par Françoise Crézé fut un moment important. Et puis il y eut ses encadrements
de recherche et le GEHFA. Il était persuadé que c'est par histoire de
l'éducation des adultes que la passerelle pouvait se construire.
Vingt ans
de rencontres et de connivence : l'enfance villageoise, la guerre et
l'occupation, la laïque, les charentes, St Moisant et Grignan, la guerre
d'Algérie, l'U.N.E.F.... et nos interminables histoires sur hier et demain.
"Tu es un raconteur d'histoires Noël". A poursuivre. C'était un mail
de lui en avril ou mai après un long repas d'histoires. On poursuit Jacky et il
y aura toujours une petite dernière à qui raconter "le vieux loup de
Grignan".
Noël Terrot
J’ai rencontré Jacky Beillerot à l’issue d’un DEA de sociologie qui n’avait satisfait ni mon jury, ni moi-même. Il acceptait d’assurer la direction de ma thèse, mais il me demandait d’ancrer ma réflexion dans celles qui ’avaient précédée, en lisant et en multipliant les notes de lecture. J’ai suivi son conseil et lors de nos rencontres, qui avaient parfois lieu dans sa grande bibliothèque, nous parlions de ce que j’avais lu, de ce qu’il fallait lire encore, d’articles du « Monde », de la revue « Esprit »… Sa curiosité était sans bornes, parfois inquiète, toujours généreuse et ouverte sur le monde. Je le retrouvais à Nanterre, dans les réunions qu’il animait de sa présence attentive. Il a marqué de son empreinte le climat chaleureux que j’ai toujours ressenti dans le département des Sciences de l’Education.
J’ai perdu un maître et un ami. Je garde le souvenir d’un homme qui aspirait à la justice, qui aimait avec tendresse et qui marchait humblement sur le chemin où l’appelait sa vocation d’enseignant et de chercheur.
Jacques Denantes
La leçon inaugurale qu'a donnée Jacky Beillerot le 25 janvier 2001 est immortalisée sur deux cassettes. Cet enregistrement permet d'entendre ce que Jacky Beillerot a représenté pour chacune et chacun : collègues, étudiants et amis. Autant de reconnaissance qui donne envie de poursuivre ce qu'il a insufflé avec ce regard toujours tourné vers l'avenir et agir pour le plus grand nombre. Ouvrir son regard et son coeur et se laisser saisir par la découverte d'avoir été ignorant et de rechercher encore.
J'ai toujours apprécié sa façon de travailler faite de rigueur et d'échanges, à vouloir mettre autour de la table le plus grand nombre des acteurs concernés par un projet mûrement réfléchi. C'était il y a une dizaine d'années, alors que je travaillais au secrétariat de 3ème cycle de psychologie et sciences de l'éducation. Il m'a toujours mis sur le chemin de la formation alors que moi-même j'ai été façonnée par le plaisir d'apprendre sur les bancs de la formation pour adultes, en cours du soir.
Les témoignages réunis dans ces cassettes montrent une volonté de poursuivre les oeuvres de Jacky Beillerot et traduisent combien le fait d'avoir cheminé avec lui a modifié la façon de regarder, d'agir et de vivre en collectif de beaucoup.
Elisabeth Brunet
Liliane Guignard et l'équipe de formateurs
Je suis une anonyme, étudiante en reprise d'études à un âge où d'aucuns préparent leur retraite. J'ai eu le privilège de croiser le chemin de Jacky Beillerot lors d'un stage de formation "Intervenir en formation" au SIPCA. Cette rencontre a changé ma vie puisqu'elle m'a convaincue que je pouvais entrer à l'université et préparer une licence en sciences de l'éducation à Paris X. L'hommage que cette université lui a rendu aujourd'hui et que j'ai vécu avec beaucoup d'émotion m'incite à écrire ce modeste témoignage. Jacky Beillerot avait une qualité peu commune, celle de porter un regard sur vous de nature à faire émerger le meilleur de vous-même. Il vous transmettait cette confiance qui fait bouger les montagnes. Au-delà des mots il vous assurait que vous étiez capable de plus, de mieux. C'est un don d'une générosité immense que j'ai reçu avec une infinie reconnaissance. Je ne l'oublierai pas.
Danielle Brousquet, étudiante en maîtrise des sciences de l'Education